Montreux-Vieux et ses marchands de vins Crespin et Barbier.

Montreux-Vieux a été autrefois le théâtre d’une rivalité commerciale et d’une saga familiale fascinantes.

Voyage dans le temps, entre négoce de vin, bals populaires et engagement citoyen.

Octobre 1920 : La folle extravagance de Jean Crespin

Nous sommes à l’automne 1920, le monde sort à peine de la Grande Guerre et une soif de vivre  et de consommer s’empare de la société. À Montreux-Vieux, un homme sent le vent tourner : Jean Crespin. Ce marchand de vins ambitieux vient de passer à la vitesse supérieure en reprenant la vente exclusive en gros.

Pour asseoir sa notoriété et marquer les esprits, il ne se contente pas de faire tourner ses fûts; il s’improvise promoteur événementiel. Le 2 octobre 1920, les lecteurs du Journal de Mulhouse découvrent en page 11 une annonce publicitaire d’un dynamisme rare pour l’époque :

« Monsieur CRESPIN, négociant en vins à Montreux-Vieux, a l’honneur d’informer sa nombreuse et fidèle clientèle qu’ à partir du 1er octobre, il reprend la vente exclusive en gros, et qu’il est l’organisateur de la Fête de Montreux-Vieux qui se déroulera sur place les 3, 4, 5 et 10 octobre. »

Pour attirer la foule, Jean Crespin voit les choses en grand. L’annonce promet une grande piste de danse publique entièrement couverte, un orchestre de 10 musiciens, des manèges, des jeux divers et un large choix de victuailles. Un message clair est adressé aux communes voisines : « Les personnes extérieures sont chaleureusement les bienvenues. »

Le revers de la médaille : De la fête à la faillite

L’histoire aurait pu s’arrêter sur les lampions de cette fête réussie. Malheureusement, le destin des affaires est parfois cruel. Malgré le dynamisme affiché, la structure commerciale de Jean Crespin subit un coup d’arrêt brutal l’année suivante.

Le 26 septembre 1921 à seize heures précises, la sentence tombe : une procédure de faillite est officiellement ordonnée à son encontre. Les festivités sont bien loin lorsque Maître Iffenecker, huissier de justice à Dannemarie, est nommé syndic pour gérer la liquidation de l’activité du négociant.

L’ascension silencieuse de la maison Barbier-Cuenin

Pendant que l’empire de Jean Crespin vacille, une concurrente sérieuse tisse sa toile dans le même village. En effet ; le 31 mai 1921, une inscription au registre des entreprises sous le n°933  officialise l’activité de Madame Marie Barbier (née Cuenin), désignée comme l’épouse de Monsieur Ernest Barbier. La raison sociale de l’entreprise est alors enregistrée sous son nom de jeune fille : « Madame Marie Cuenin ». Elle est répertoriée comme négociante à Montreux-Vieux

L’affaire est solide. Le 6 novembre 1923, elle franchit un cap en s’inscrivant officiellement au registre du commerce sous la référence D Vol. V, N° 933.  Propriétaire : Madame Ernest Barbier Marie, née Cuenin , négociante a Montreux-Vieux.

Du négoce au dévouement public

Chez les Barbier, le commerce s’accompagne d’un profond sens du devoir. Ernest Barbier (le père) s’implique corps et âme dans la vie citoyenne de Montreux-Vieux. En 1930, il s’associe au maire Célestin Catté pour devenir l’un des membres fondateurs du Corps des Sapeurs-Pompiers de Montreux-Vieux..

Son engagement ne s’arrête pas là. Devenu chef instructeur de la section des infirmiers-brancardiers volontaires de la Croix-Rouge française, son dévouement est reconnu jusqu’au plus haut sommet de l’État. Le Journal Officiel du 7 mai 1936 annonce qu’il est décoré de la Médaille de bronze, une distinction honorifique qui lui sera remise en janvier 1937.

1948 : Une famille, deux destins.

Après les tumultes de la Seconde Guerre mondiale, la maison Barbier a non seulement survécu, mais elle s’est développée. En 1948, l’heure est à la transmission et à la spécialisation entre le père et le fils, chacun choisissant de ravitailler les foyers à sa manière :

  • Ernest Barbier père conserve la tradition familiale et se consacre exclusivement à la vente de vin en gros.
  • Ernest Barbier fils anticipe les besoins de reconstruction de l’époque en se lançant dans une autre branche essentielle : le commerce de charbons.

 Monsieur Marcel Dietsch a succédé à l’affaire Barbier-Cuenin en 1962.  

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