Montreux-Vieux ce n’est plus la France. : Le Rappel, 30 août 1872, p. 2/4

A Montreux-Vieux, — devenu Alt-Münsterol, — deuxième station après Belfort, commence la terre allemande. La douane y est allemande (pas trop tracassière cependant), les wagons allemands, les employés allemands. Si les douaniers allemands se montrent assez faciles, il n’en est pas de même des employés de chemins de fer.

Jusqu’à Chèvremont, resté terre française, le voyageur peut se considérer comme une personne humaine, ayant son libre arbitre, et autorisée à faire tout ce qui n’est pas de nature à nuire à la liberté de son prochain. A partir de Montreux-Vieux, on entre dans un monde nouveau ; ce n’est plus la France, c’est l’Allemagne, et, pour rendre toute ma pensée, l’Allemagne déjà façonnée à l’image de la Prusse et courbée sous sa discipline de fer.

Une preuve à l’appui de ce que j’avance. — En France, un voyageur est libre d’entrer dans le wagon qui lui convient. Les portes sont ouvertes ; il jette un coup d’œil rapide sur les voyageurs, et il entre dans le compartiment où il pense trouver une compagnie à sa convenance. En Allemagne, il n’en est pas de même : le conducteur du train vous indique le compartiment où vous devez monter, et il n’y a pas à regimber ; il vous empilera, vous huitième, dans un compartiment déjà plein, alors qu’à côté un compartiment restera vide. — Je ne sais rien de plus intolérable pour un Français.

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