Tamponnement entre wagons de voyageurs et de marchandises.
L’Alsace du 21 avril 1874 donne le verdict suite à un tamponnement d’un train de voyageurs contre quatre wagons lourdement chargés.
1. Le contexte politique : L’Alsace annexée
À la suite de la guerre franco-allemande de 1870 et du traité de Francfort en 1871, l’Alsace (dont Mulhouse et Montreux-Vieux) et une partie de la Lorraine sont annexées par l’Empire allemand.
L’administration, y compris la gestion des chemins de fer, passe sous contrôle impérial allemand (Elsass-Lothringen). Cependant, la transition linguistique prend du temps : la population locale et une grande partie des ouvriers sont francophones, alors que les consignes officielles et les règlements de sécurité de la compagnie ferroviaire sont progressivement imposés en allemand.
2. Montreux-Vieux : Une gare frontière stratégique
Comme le rappelle la mention surlignée, l’accident a lieu à Montreux-Vieux (Altmünsterol en allemand). Suite à l’annexion de 1871, ce village devient un poste-frontière majeur et stratégique entre la France (le Territoire de Belfort resté français) et l’Empire allemand.
- La gare de Montreux-Vieux se transforme en une infrastructure de première classe dotée d’importants services de douane.
- Le trafic ferroviaire y est intense et complexe, mêlant trains de voyageurs internationaux et convois de marchandises lourdement chargés (comme les quatre wagons emboutis mentionnés dans le fait divers).
3. La faille humaine et technique mise en lumière
Le procès au tribunal de police correctionnelle de Mulhouse illustre le quotidien difficile des travailleurs de l’époque :
- Surcharge de travail et manque d’expérience : Le chef d’équipe Meunier est affecté à un service de nuit critique alors qu’il n’est en poste que depuis deux jours.
- La barrière de la langue : L’aiguilleur Quiquerez, chargé de faire les signaux indispensables pour éviter les collisions, ne sait pas lire l’allemand, langue dans laquelle sont rédigées les consignes de sécurité. Le réseau de communication (le télégraphe) est de surcroît décrit comme défaillant.
4. Un verdict de bon sens
Fait notable pour l’époque : bien que l’administration soit allemande et stricte, le tribunal de Mulhouse reconnaît que la faute incombe à l’organisation défaillante du service et non aux employés. En prononçant leur acquittement, la justice admet implicitement qu’on ne peut reprocher une négligence criminelle à un cheminot à qui l’on transmet des ordres dans une langue qu’il ne comprend pas.

