…il avait reçu de mauvaises nouvelles.

A Montreux-Vieux, sur le quai de la gare, M. Muller rencontra un de ses anciens camarades d’école, lequel, demeuré en territoire annexé, était devenu gendarme allemand.

Le gendarme, au lieu de lier amicalement conversation, ainsi que Muller se préparait à le faire, réclama les papiers de son ancien condisciple.

Embarrassé, Muller expliqua à celui qu’il considérait toujours comme un camarade ce qu’il venait faire « au pays ».

L’autre :
— Tu es déserteur, je t’arrête.

  1. Muller n’imaginait point, se croyant dans son droit, que cette trahison de son ancien ami pût avoir des suites fâcheuses. Il se trompait.

Conduit au bureau du chef de police, celui-ci l’envoya à Mulhouse où il se vit condamné à six semaines de prison. Sa peine achevée, on le mena, avec les poucettes et par étapes, jusqu’à Cologne où on l’incorpora dans la 8ᵉ compagnie du régiment d’infanterie portant le n° 65.

Il y subit de mauvais traitements, et de la part de ses chefs, et de la part des soldats ; mais là, comme partout, d’ailleurs, ce furent les sous-officiers qui se montrèrent le plus bêtement et le plus lâchement cruels à l’égard de ce malheureux.

Il parvint cependant à écrire à son beau-frère, établi marchand de vins à Paris.

Celui-ci, espérant dans l’intervention des pouvoirs publics, s’adressa à un député, M. Goblet, qui promit de s’occuper de l’affaire. Mais il n’en fit rien.

Le beau-frère, M. Petitperrin, envoya alors de l’argent à Muller pour déserter. Celui-ci acheta aussitôt des vêtements civils qu’il cacha chez un paysan des environs.

Bientôt, le régiment n° 65 effectuant des manœuvres de nuit, Muller fut placé en sentinelle avancée.

Dix heures sonnaient, lorsque son caporal lui passa la consigne. M. Muller avait deux heures devant lui pour fuir. Il abandonna son sac et son fusil, descendit sur la berge du Rhin et tantôt courant, tantôt nageant, il se dirigea sur Cologne, où il changea de vêtements.

A la gare de Cologne, le déserteur prenait place dans l’express de Paris, où il débarqua sans encombre.

La joie du pauvre homme était impossible à décrire.

Le soir même, le brave Alsacien reprenait le chemin de Belfort

Sources : L’autorité du 21 août 1896 p.1/4

error: Content is protected !!
Retour en haut